La marche et les bâtons.

J'ai quelques 4000 km de chemin dans les jambes…et les bras ! Car je suis un adepte de la marche avec bâtons. Cependant, si je rencontre un nombre important de pèlerins déjà équipés, ils sont relativement peu nombreux ceux qui utilisent " correctement " leur bâtons !

La faute à la " marche nordique " ! Pas que celle-ci ne tiennent pas toutes les promesses d'aide et de bienfaits qu'elle est censée nous assurer, mais seulement que la " marche nordique " n'est pas une marche sinon une course !

Faite pour entrainer les athlètes scandinaves de ski nordique pendant l'été, car pas assez de neige, elle a été proposée au grand public dans une forme soft, c'est-à-dire marche et non plus course, et là, une pratique " contre nature " s'est installée. Je vais m'en expliquer, mon propos n'étant pas de dénigrer la marche nordique mais de la replacer dans son réel domaine celui d'une pratique athlétique. Or nous pèlerins sur les chemins de Compostelle n'avons pas le souci d'une performance ni d'autres besoins que celui d'arriver à SANTIAGO et ce dans les meilleurs conditions possibles.

La particularité de la marche nordique est d'utiliser des bâtons comme aide à la course. Il faut savoir que les bâtons de vraie marche nordique ne sont pas les mêmes que ceux utilisés pour la marche au long cours. Les bâtons de marche nordique sont composés d'un mélange de fibres de verre et de carbone. Ils doivent être solides tout en étant souples et confortables. Souples car ils servent de ressort pourrait-on dire pendant la course, d'où une fréquence de bras équivalente à la fréquence de jambes. A chaque pas un mouvement de bras. Ils se doivent également d'absorber les secousses des fois violentes afin de ne pas meurtrir les articulations du bras. Pendant la course, le pas est ample, il n'est donc pas gênant de faire un mouvement de bras pour chaque foulée. Si on ne se sert pas des bras, on court très mal. Ce n'est pas du tout le cas dans la pratique de la marche : le pas étant normal, c'est-à-dire réduit par rapport à la course, on se retrouve à faire des mouvements de bras autant nombreux et inutiles qu'inefficaces.(nous ne sommes pas là dans le cadre d'un exercice tendant à nous faire bouffer de la calorie…)

Ce dont a besoin le pèlerin c'est d'un bâton solide, rigide et surtout avec un pommeau arrondi.(et légers de préference) La dragonne n'est pas du tout nécessaire et je conseille même de ne pas l'utiliser : vous coincerez un jour ou l'autre votre pointe de bâton dans un trou solide et si vous pour un tant soit peu vous êtes en descente ou emporté par l'élan, vous serez déséquilibré même si vous ne vous arracherez pas le bras, mais il est fort à parier que vous risquez de vous casser la figure. Ce qui est l'effet inverse de celui recherché. Cela m'est arrivé : je ne mets plus les dragonnes je préfère laisser tomber mon bâton ! Les pommeaux arrondis car les bâtons sont fort utiles en descente et on positionne le bâton dans la paume de la main afin de réellement supporter notre poids et " bloquer " notre élan, et ce, bien en avant des pieds ! Mais, la bonne pratique est celle que vous adopterez car, sur le chemin, la bonne manière de marcher est surtout celle qui vous convient.

Donc il existe une différence entre la marche nordique et la marche au long cours.

Pour vous en convaincre facilement, il suffit de marcher avec un seul bâton et non deux. Vous verrez qu'il est quasiment impossible de marcher et d'utiliser le bâton en arrière du corps sur chaque pas ! Avec deux bâtons ça marche, c'est le cas de le dire, mais avec un seul cela ne marche plus ! Ceci doit nous interpeller, car si nous observons de près un bon pèlerin équipé de son " bourdon " (c'est un bâton de marche), il pèlerine parfaitement avec son seul bâton et s'en trouve fort aise même la bise venue. En revanche il ne l'utilise pas sur chaque pas comme appui mais sur deux, voire trois même plus parfois. Comme un vieux pépé d'ailleurs s'appuyant sur sa canne. Et pourquoi donc ?

Simplement parce que cette utilisation est naturelle et quelle amène ce qu'on lui demande : un appui sur l'avant afin d'assurer un équilibre, un soulagement du poids quand le bassin passe à la hauteur du bourdon ou de la canne, une aide pour allonger le pas et garantir la stabilité quand celui-ci est passé à l'arrière du corps. Il suffit d'observer un pépé ou un pèlerin pour constater que c'est efficace.

Le film se déroule comme suit :

- Bâton porté et posé (pas de secousse) devant le corps et à l'avant des pieds

- Passage du corps et donc du bassin à la hauteur du bâton

- Poussée sur le bâton vers l'arrière

Maintenant, prenez deux bâtons, et faites la même chose. Ne vous souciez pas de savoir combien de pas ou avec le pied droit ou avec le pied gauche…laissez faire la nature et ne tenez compte que de ce rythme :

1) Je pose le bâton devant (à la distance que vous voulez, plus tard vous verrez que plus je le plante loin, plus ma foulée est ample, plus je vais vite, mais ce n'est pas forcément le but recherché)

2) Je marche et je passe le corps et le bassin à la hauteur du bâton (je ne compte rien, je ne me soucie pas de l'autre bâton, il fera son travail naturellement quand ce sera le moment)

3) Je pousse avec le bras quand le bâton se trouve derrière (plus je pousse plus j'augmente le pas, plus je vais vite, je peux même pousser avec la main dans un petit coup de poignet pour gagner encore un peu d'énergie)

4) Oh surprise le deuxième bâton est déjà devant en position prêt à faire son office

Et ainsi de suite, c'est très naturel, cela va tout seul, surtout cela va très loin en vous économisant énergie et souffle et en vous assurant un parfait équilibre à n'importe quel moment.

RETENEZ : (rythme) POSE, PASSE, POUSSE

L'intérêt de cette méthode est que vous êtes toujours " en poussée " soit avec le bâton droit soit avec le gauche, que vous pouvez à volonté soit modifier le rythme de marche (en augmentant la cadence) soit augmenter le pas (en appuyant plus sur les bâtons), que vous gardez le même geste que vous soyez sur plat, en montée ou en descente. A n'importe quel moment un de deux bâtons est prêt et opérationnel pour prévenir une chute en cas de déséquilibre.

Pour conclure, je vous redis que la bonne manière de marcher n'est pas celle qui consiste à reproduire juste ce que l'on a vu ou que le vendeur de bâtons m'a montré, mais celle qui me convient et celle où je me sens le plus à l'aise.

En conséquence de quoi je vous dis : ESSAYEZ !

Faites deux kilomètres avec une méthode, faites deux kilomètres avec l'autre et vous déciderez.

Avant de conclure effectivement, un autre conseil que les riverains du chemin apprécieront j'en suis sûr : Dès que vous arrivez à proximité d'une habitation, ou que vous traversiez un village et à plus forte raison une ville, LEVEZ VOS BÂTONS ! Essayez d'imaginer que 100 à 150 pèlerins passent tous les jours sous vos fenêtres et vous partagerez surement aussi cette opinion. Merci pour eux.

Nombreux sont les pèlerins qui passé par le relais des jacobins et s'étant initiés dans le jardin sont repartis convaincus. Merci à ceux qui arrivés à SANTIAGO ont la gentillesse et l'attention de m'envoyer un petit mot pour me dire leur satisfaction. C'est en partie à cause d'eux que j'écris cette rubrique.

Enfin un petit chapitre sur la marche elle-même. Nous allons à Compostelle, c'est super, nous sommes plein de joie, d'énergie et d'allégresse. Alors que notre marche montre notre dynamisme. La position qui consiste à penser que cela va être dur et long et qui m'incite à aller lentement pour m'économiser et surtout ne pas m'arrêter de peur de ne pas repartir ou de peur d'arriver trop tard, est une position fausse qui vous fatiguera et vous lassera.

ARRETEZ-VOUS QUAND VOUS VOULEZ ! Dix fois dans une montée…on s'en fout, dix fois sur le parcours parce que le paysage est beau et que la vie est belle…profitez ! La seule chose qui vaille est d'arriver à Santiago et d'avoir pris du plaisir.

Marchez avec du rythme, je ne dis pas de courir, chacun son rythme, mais de la cadence, du dynamisme…cela va vous faire marcher plus vite que d'habitude (surtout avec des bâtons) mais le parcours s'y prête, il n'y a pas d'Annapurna à franchir. Et si la marche est tonique, vos muscles et vos articulations fonctionneront dans leur nature d'être : contraction relâchement.

Et ARRETEZ VOUS régulièrement, toute les heures par exemple, cinq à dix minutes : c'est le temps de récupération nécessaire puisque vous marchez d'une manière plus cadencée. Le secret est dans la récupération. Je m'arrête quand je ne suis pas fatigué. Si je ne suis pas fatigué, je récupère bien donc je peux repartir. Et je m'arrête à nouveau quand je ne suis pas fatigué : donc bonne récupération et ainsi de suite. C'est le principe en athlétisme quand on travaille le fractionné, excellent pour le cardio. A l'inverse si je ne m'arrête que quand je suis déjà épuisé, c'est fini, je ne récupère plus et commence la galère.

Un pèlerin qui marche à 4 km/h et qui s'arrête dix minutes chaque heure et ce pendant 6 heures aura fait 20 km et ne sera arrivé qu'une heure après celui qui aura fait le même parcours sans arrêt à la même vitesse, mais celui-ci sera surement plus fatigué. Et ceux qui sont tentés par les 40 ou 50 km, je vous assure c'est une bonne manière de ne pas arriver épuisé.

Je reprécise que la bonne manière est celle qui vous convient, donc si tout va bien, ne changez rien ! Mais, si par hasard vous vouliez essayez…

N'hésitezpas non plus lors d'une halte un peu plus longue à retirer vos chaussures et faire respirer vos pieds, ils vous en seront gré et dégonfleront.

Je finirai par quelques lignes sur les ampoules…mais je ne vous donnerai aucune méthode miracle…chacun à la sienne. Non, je vous parlerai des chaussettes, car je suis toujours étonné de voir des pèlerins en plein été, avec de super chaussure de rando équipé de chaussettes " spéciales marche " et qui sont on ne peut plus épaisses…comme en hiver ! Il y a là quelque chose qui m'intrigue car si on part du principe qu'une ampoule est le résultat d'un échauffement quoi de meilleur pour avoir le pied chaud que des chaussettes épaisses ! En plus ce n'est pas facile à laver et cela sèche lentement !

Je marche donc avec des chaussettes en fil d'Ecosse qui me dure environ 2 ou 3 semaines avant qu'elles ne se trouent et que je jette régulièrement (je marche vite, longtemps et j'ai un pied un peu pointu…mais pas d'ampoule).

J'ai rencontré il va s'en dire une foultitude de pèlerins aux chaussettes épaisses et dont les pieds n'avaient rien à envier aux miens…

Conclusion : que chacun trouve chaussettes à son pied !

Voilà quelques expériences partagée, un dernier conseil : Faites comme vous le sentez !

Et… Buen camino

Serge du Relais des Jacobins à Cahors